le serrage de dents dans les douleurs cervicales : un réflexe inconscient aux lourdes conséquences.
- Antoine Aumoine

- 16 avr. 2025
- 4 min de lecture

IntroductionLe serrage de dents, aussi appelé bruxisme lorsqu’il survient de manière inconsciente (souvent la nuit), est bien plus qu’une simple habitude nerveuse. Ce réflexe peut entraîner des douleurs musculaires, des maux de tête persistants, et même des troubles posturaux qui touchent la nuque et les épaules. Ce phénomène, souvent ignoré, mérite une attention particulière tant ses répercussions peuvent être handicapantes au quotidien.
1. Qu’est-ce que le serrage de dents ?Le serrage de dents consiste à contracter la mâchoire de manière excessive, souvent sans s’en rendre compte. Contrairement au grincement (bruxisme), qui implique un mouvement, le serrage est une pression statique. Il peut survenir de jour comme de nuit, en réponse au stress, à l’anxiété ou à une mauvaise posture.
2. Les causes principales
Stress et anxiété : L’un des déclencheurs les plus fréquents. Le corps réagit au stress en contractant certains muscles, dont ceux de la mâchoire.
Mauvaise occlusion dentaire : Un mauvais alignement des dents peut provoquer une tension musculaire involontaire.
Posture et déséquilibres musculaires : Une mauvaise posture, notamment celle de la tête penchée vers l’avant, peut solliciter excessivement les muscles cervicaux et mandibulaires.
Habitudes inconscientes : Concentration intense, utilisation excessive des écrans, ou même certaines pratiques sportives peuvent renforcer cette tendance.
3. Les symptômes associés
Douleurs cervicales : Le lien entre la mâchoire et les muscles du cou est direct. Une mâchoire tendue peut provoquer des tensions dans les trapèzes, le cou et les épaules.
Maux de tête : Les tensions musculaires au niveau des tempes et de la mâchoire sont une cause fréquente de céphalées dites “de tension”.
Fatigue musculaire : Une contraction prolongée des muscles peut entraîner une sensation de fatigue, voire de brûlure.
Problèmes de sommeil : Le bruxisme nocturne perturbe les cycles de sommeil et peut causer un réveil non réparateur.
Usure dentaire et douleurs mandibulaires : Évidemment, le serrage prolongé affecte aussi l’émail, les gencives et les articulations de la mâchoire (ATM).
4. Les conséquences à long terme
Développement de troubles de l’articulation temporo-mandibulaire (ATM)
Apparition de douleurs chroniques et de tensions qui migrent vers le haut du dos
Altération de la qualité de vie : irritabilité, fatigue, difficulté de concentration
Risque accru de migraines chroniques
5. Prise en charge en ostéopathie et en kinésithérapie : une approche globale du corps et des tensions
Le traitement du serrage de dents ne se limite pas à la mâchoire. C’est souvent un symptôme d’un déséquilibre plus large, et c’est là que l’ostéopathie et la kinésithérapie ont un rôle clé à jouer.
→ L’ostéopathie : relâcher les tensions et rééquilibrer le corpsL’ostéopathe va chercher les zones de tension dans tout le corps, en mettant un accent particulier sur la mâchoire, le crâne, le cou et le thorax. Il travaille aussi sur les tissus conjonctifs – ce qu’on appelle le système fascial – un réseau qui enveloppe tous les muscles, organes et articulations.
Pourquoi c’est important ? Parce qu’une tension dans une zone du corps peut en créer ailleurs. Par exemple, une restriction de mobilité au niveau du diaphragme ou du cou peut "tirer" sur les fascias qui remontent jusque dans la mâchoire, et inversement. Le corps s’adapte en permanence, parfois au prix d’un surmenage musculaire silencieux.
L’ostéopathe utilisera donc :
Des techniques douces pour relâcher la mâchoire et l’articulation temporo-mandibulaire (ATM)
Des mobilisations crâniennes et cervicales pour relâcher les zones en tension
Des techniques fasciales pour aider le corps à retrouver sa mobilité naturelle
Et parfois, un travail sur le diaphragme ou la posture pour agir à la source du déséquilibre
→ La kinésithérapie : rééduquer la mâchoire et corriger les habitudes posturalesLe kinésithérapeute complète parfaitement le travail ostéopathique en aidant le patient à reprendre le contrôle de ses muscles et de ses gestes au quotidien.
Son rôle est de :
Détendre les muscles contractés : les masséters, les muscles du cou, des épaules
Rééduquer l’ouverture et la fermeture de la mâchoire pour éviter les blocages ou les compensations
Corriger la posture : car une tête trop en avant ou un dos voûté entretiennent les tensions mandibulaires
Travailler la respiration : pour aider à diminuer le stress et relâcher naturellement la mâchoire
Donner des exercices d’auto-mobilisation ou d’étirement à faire chez soi pour prolonger les effets des séances
La kiné peut aussi intégrer un travail sur les fascias (avec des étirements globaux ou des techniques manuelles), car, comme en ostéopathie, on sait aujourd’hui que les tensions fasciales peuvent perturber l’équilibre musculaire d’une zone à l’autre.
Conclusion : Le serrage de dents, un déséquilibre multifactoriel qui mérite une réponse globale
Le serrage de dents, souvent banalisé ou méconnu, peut avoir des répercussions importantes sur le bien-être quotidien : douleurs cervicales, maux de tête, fatigue musculaire, troubles du sommeil… Il ne s’agit pas seulement d’un réflexe lié au stress, mais bien d’un signal que le corps envoie face à un déséquilibre plus large — mécanique, postural, émotionnel ou fonctionnel.
C’est pourquoi une prise en charge pluridisciplinaire est essentielle. Le dentiste peut intervenir sur la protection dentaire et l’équilibre de l’occlusion. L’ostéopathe agit sur les causes mécaniques et fasciales sous-jacentes. Le kinésithérapeute aide à rééduquer les muscles et à corriger les schémas posturaux. Et dans certains cas, un accompagnement psychologique ou une gestion du stress est aussi précieuse pour briser le cercle tensionnel.
Comprendre que le serrage de dents n’est pas une fatalité, mais une réaction corporelle qu’on peut réguler, c’est déjà amorcer un retour vers l’équilibre. En travaillant sur plusieurs plans à la fois, on ne soulage pas seulement les symptômes — on agit sur les causes profondes.







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